Ils ont fait leur trou sur la Lune

La Lune est le seul satellite naturel de la Terre. C'est le deuxième objet le plus brillant dans le ciel après le Soleil. Photo Le Progrès/ Sébastien JULLIEN

La Lune est le seul satellite naturel de la Terre. C'est le deuxième objet le plus brillant dans le ciel après le Soleil. Photo Le Progrès/ Sébastien JULLIEN

La Lune est le seul satellite naturel de la Terre. C'est le deuxième objet le plus brillant dans le ciel après le Soleil. Photo Le Progrès/ Sébastien JULLIEN

Parmi les savants qui figurent au panthéon lunaire, six sont originaires de la région et se sont fait une petite place, non pas au soleil, mais sur la Lune : un Jurassien, un Aindinois et quatre Rhodaniens. Rencontre.

Daniel Barbier, Jean Chacornac, Girard Desargues, Etienne Bobillier, Jérôme Lalande et Alexis Carrel ont donné leur nom à un cratère lunaire. Photos Le Progrès/ DR

Daniel Barbier, Jean Chacornac, Girard Desargues, Etienne Bobillier, Jérôme Lalande et Alexis Carrel ont donné leur nom à un cratère lunaire. Photos Le Progrès/ DR

Daniel Barbier, Jean Chacornac, Girard Desargues, Etienne Bobillier, Jérôme Lalande et Alexis Carrel ont donné leur nom à un cratère lunaire. Photos Le Progrès/ DR

Plus de 30 000 cratères, dont les diamètres sont compris entre 1 km et plus de 100 km, sont observables au télescope depuis la Terre.

Pour se repérer et mettre de l’ordre dans le travail des premiers cartographes, une nomenclature des cratères lunaires a été établie à partir de 1935 par la très sérieuse Union astronomique internationale.

L'UAI, seule habilitée à donner leur nom aux objets célestes

Au total sur la Lune, plus de 1600 cratères sont officiellement baptisés. Il faut savoir que c’est l’Union astronomique internationale qui décide de leurs noms. Quatorze cratères lunaires ont été nommés en hommage à des explorateurs spatiaux morts au cours de leur mission mais c'est une exception.

Pour le reste il ne s’agit que de scientifiques. Beaucoup sont astronomes, mathématiciens...

Pour varier, la France a en son temps proposé la « candidature » de grands noms de la littérature comme Victor Hugo ou Montaigne.  Refusé !

« Leur nom a été accepté par la Nasa, mais pas par l’Union astronomique internationale. Eux se retrouvent sur une liste non officielle, sur les cratères de Mercure. Je trouve cela dommage, car je considère que la lune est visible par tous et donc à tout le monde » précise Jean-Michel Faidit, docteur en histoire de l’astronomie et auteur de Ces Français dans la Lune, cratères et biographies.

Un Jurassien, un Aindinois et quatre Rhodaniens
au panthéon lunaire

Sur la Lune, seuls 166 noms de scientifiques français (soit environ 10% du total) ont été donné à des cratères.

De nouveaux cratères apparaissent sans cesse et sont photographiés par les spécialistes. Cependant, seulement un à deux nouveaux noms sont donnés par an, au niveau mondial.
Le dernier en France remonte à 2009.

1. Girard Desargues

Un architecte lyonnais féru de géométrie

Né à Lyon en 1591. Mort à Lyon en 1661

Son cratère est situé sur la face visible de la Lune, au sud du cratère Pascal. Il mesure 85 km de diamètre. Très érodé, il est encore visible dans son ensemble et révèle un passé agité.

Le cratère Desargues. Photo domaine public/NASA

Le cratère Desargues. Photo domaine public/NASA

Le cratère Desargues. Photo domaine public/NASA

Né à Lyon, Girard Desargues est issu d'une famille dévouée au service de la couronne française.  

On apprend que son père était notaire royal, commissaire chargé de l'enquête à la cour du sénéchal à Lyon (1574), percepteur des dîmes sur les revenus ecclésiastiques de la ville de Lyon (1583) et du diocèse de Lyon.

Girard Desargues a travaillé comme architecte à partir de 1645. Auparavant, il avait travaillé comme tuteur et était peut-être ingénieur et consultant technique dans l'entourage de Richelieu.

Architecte, Desargues a planifié plusieurs bâtiments privés et publics à Paris et à Lyon. Ingénieur, il a conçu un système de récupération d’eau qu’il a installé près de Paris. Ce dernier était basé sur l'utilisation du principe non reconnu à l'époque de la roue épicycloïdale.

Féru de mathématiques, et plus particulièrement de géométrie, on lui doit un théorème sur les triangles en perspective qui porte son nom.

Le théorème de Desargues

Le théorème de Desargues

Le théorème de Desargues

Son ouvrage remarquable, souvent cité par d'autres spécialistes des mathématiques, s'appelle : Brouillon pour un essai sur les résultats de la prise de sections planes d'un cône et date de 1639.

Le travail de cet érudit a été redécouvert et republié en 1864. Un recueil de ses œuvres a été publié en 1951 et la compilation de 1864 est toujours imprimée aujourd'hui.

Girard Desargues est mort à Lyon en 1661. Il avait 70 ans.

2. Jérôme Lalande

Le célèbre astronome natif de Bourg-en-Bresse

Né dans l'Ain en 1732. Mort à Paris en 1807.

Lalande est un petit cratère d'impact lunaire situé dans la partie centrale du côté visible de la Lune, à l'extrémité Est de la mer des Iles. Il possède un pic central au milieu d'un terrain en terrasse.

On pense que ce cratère s'est formé il y a environ 2,8 milliards d'années.

Le cratère Lalande. Photo domaine public/ NASA

Le cratère Lalande. Photo domaine public/ NASA

Le cratère Lalande. Photo domaine public/ NASA

Né à Bourg-en-Bresse, dans l'Ain, les parents de Jérôme Lalande envoient leur fils à Paris pour y étudier le droit. Le jeune Bressan loge à l’Hôtel Cluny, où l'astronome et cartographe réputé, Joseph-Nicolas Delisle (1688-1768), a installé un observatoire. Lalande découvre alors l’astronomie et devient un élève très brillant.

Buste de Lalande, à Bourg-en-Bresse. Photo Le Progrès/ Laurent THEVENOT

Buste de Lalande, à Bourg-en-Bresse. Photo Le Progrès/ Laurent THEVENOT

Buste de Lalande, à Bourg-en-Bresse. Photo Le Progrès/ Laurent THEVENOT

Après la fin de ses études, Jérôme Lalande retourne à Bourg-en-Bresse pour exercer le métier d’avocat. Un de ses anciens professeurs obtient la permission pour envoyer Lalande à Berlin afin d'y observer la parallaxe lunaire (ce qui permet de déterminer la distance Terre-Lune).

Membre de l'Académie des Sciences à 21 ans

Le succès de sa mission le fait entrer à l’Académie des sciences de Berlin. Il obtient un poste d’assistant à Paris et il est élu membre de l’Académie des sciences de France en 1753.

Jérôme Lalande est le premier a référencé une étoile parmi d'autres sous le nom VY CMa dans son catalogue de 1801. Aujourd'hui cette étoile est célèbre pour être la plus gigantesque étoile que l'homme a observé (7,9 magnitude).

VY Canis Majoris (la plus lumineuse sur l'image) dans la constellation du Grand Chien a été d'abord répertoriée par Lalande en 1801 sous le nom de VY CMa. Photo Observatoire Rutherford, au téléscope le 7 septembre 2014

VY Canis Majoris (la plus lumineuse sur l'image) dans la constellation du Grand Chien a été d'abord répertoriée par Lalande en 1801 sous le nom de VY CMa. Photo Observatoire Rutherford, au téléscope le 7 septembre 2014

VY Canis Majoris (la plus lumineuse sur l'image) dans la constellation du Grand Chien a été d'abord répertoriée par Lalande en 1801 sous le nom de VY CMa. Photo Observatoire Rutherford, au téléscope le 7 septembre 2014

Lalande contribue grandement à populariser l’astronomie à la fin du XVIIIè siècle. Il fait paraître de 1789 à 1798 son Histoire céleste française où il décrit 50 000 étoiles. Il est également l’auteur d’une chronique des sciences de son époque (deux volumes, Bibliographie astronomique, 1804).

Il donne près de 250 articles sur l’astronomie, les mesures et la franc-maçonnerie à l’Encyclopédie de Diderot et D’Alembert.

En 1802, il fonde un prix destiné à récompenser l’œuvre d’astronomes, le prix Lalande. cette récompense est attribuée par l'Académie des sciences de France de1802 à 1970. Elle est ensuite regroupée avec le prix Valz pour former le prix Lalande-Valz attribué jusqu'en 1996.

Sa maison de Bourg, une école d'astronomie

A Bourg-en-Bresse, la maison de Lalande. Photo Le Progrès/ Antoine BOITEZ

A Bourg-en-Bresse, la maison de Lalande. Photo Le Progrès/ Antoine BOITEZ

A Bourg-en-Bresse, la maison de Lalande. Photo Le Progrès/ Antoine BOITEZ

Proche de ses racines, Jérôme Lalande fonde la Société d'émulation de l'Ain en 1755.

Dans le quartier du mail, à Bourg-en-Bresse, Lalande s'est fait construire une maison carrée avec un toit à quatre pans couvert de tuiles plates. Il possède trois ouvertures à chaque étage sur chacune de ses faces.

Dans cette bâtisse, construite en 1792, Lalande fait des observations courantes. Les archives rapportent que le Bressan donne des leçons d’astronomie à des passants ou à des écoliers. L’observatoire, orienté vers le sud (en réalité une grande terrasse), permettait alors de voir l’horizon parfaitement.

Jérôme Lalande utilise nombre d’amateurs pour calculer ses éphémérides plus rapidement. Sa renommée vient de son travail sur l’orbite de Vénus en 1769, mais son caractère difficile lui vaut aussi de nombreuses inimitiés.

Dans son Bourg de A à Z , Maurice Brocard écrit sur cet observatoire : « Lalande fit par ailleurs de nombreux travaux sur la démographie et la population de notre ville, des études sur l’archéologie, l’histoire et la géographie. »

Visite du square lalande, au bord de l'avenue Alsace-Lorraine en plein coeur du centre-ville de Bourg-en-Bresse, dans l'Ain. Photo Archives Le Progrès

Visite du square lalande, au bord de l'avenue Alsace-Lorraine en plein coeur du centre-ville de Bourg-en-Bresse, dans l'Ain. Photo Archives Le Progrès

Visite du square lalande, au bord de l'avenue Alsace-Lorraine en plein coeur du centre-ville de Bourg-en-Bresse, dans l'Ain. Photo Archives Le Progrès

Aujourd'hui, une rue, un square et un lycée portent toujours le nom de l'illustre astronome à Bourg-en-Bresse.

3. Etienne Bobillier

Mathématicien féru de géométrie et mécanique

Né à Lons(Jura) en 1798. Mort à 41 ans en 1840 dans la Marne.

Sur la Lune, son cratère est un minuscule impact lunaire en forme de coupe dans la partie sud-ouest de la mer de la Sérénité.

Son nom a été attribué en 1976. Il mesure 6 km de diamètre et 1200m de profondeur.

Le cratère Bobillier. Photo domaine public/NASA

Le cratère Bobillier. Photo domaine public/NASA

Le cratère Bobillier. Photo domaine public/NASA

On apprend grâce à une biographie rédigée (en anglais) en 2013 par deux Ecossais de l’université de St Andrews que le père du mathématicien jurassien était un "marchand de papier peint à Lons-Le-Saunier". La famille, de quatre enfants, était installée rue du commerce.

Le père d'Étienne, Ignace, est décédé en 1806, alors que son fils n'avait que 8 ans. Marie-Rosalie, sa mère, a continué à gérer le secteur du papier peint après le décès de son mari et a ainsi donné à ses fils une bonne éducation.

Des études d'abord littéraires

Étienne Bobillier n'aurait montré aucun intérêt pour les mathématiques jusqu'à l'âge de 16 ans. Il fait d’abord de brillantes études littéraires et a remporté plusieurs prix pour son interprétation au lycée local.

Après son frère aîné, il obtient comme lui son diplôme du lycée, puis son admission à l'École Polytechnique dont il a préparé seul le concours d’entrée. A 19 ans, en 1817, Etienne Bobillier est 4e au classement des candidats de la prestigieuse école. A cette date, son frère en est sorti et opte pour une carrière militaire à Metz.

Reproduction DR/ Thèse de doctorat de Cleber Haubrichs dos Santo/Université de Lorraine-2015

Reproduction DR/ Thèse de doctorat de Cleber Haubrichs dos Santo/Université de Lorraine-2015

Reproduction DR/ Thèse de doctorat de Cleber Haubrichs dos Santo/Université de Lorraine-2015

Lors de sa première année d’études, Etienne Bobillier performe et se classe 8e sur 74 étudiants. Cependant à court d’argent, il quitte Polytechnique en 1818 et devient professeur de mathématiques. Durant 22 ans, il enseigne à l’école des arts et métiers de Châlons-sur-Marne (Marne), d’Angers (dans le Maine-et-Loire où il sera directeur) et au collège royal de Châlons.

Il enseigne la géométrie analytique, la géométrie descriptive, la trigonométrie et la statique. Il aurait également enseigné des matières plus pratiques et d'autres sciences telles que la mécanique pratique, la physique et la chimie.

En 1825-1826, il publie un ouvrage en trois volumes, Principes d'algèbre. Reconnu et faisant référence dans son domaine, le livre est republié plusieurs fois, y compris après la mort de Bobillier.

Reproduction DR/ Thèse de doctorat de Cleber Haubrichs dos Santo/Université de Lorraine-2015

Reproduction DR/ Thèse de doctorat de Cleber Haubrichs dos Santo/Université de Lorraine-2015

Reproduction DR/ Thèse de doctorat de Cleber Haubrichs dos Santo/Université de Lorraine-2015

Son second livre est un manuel didactique de géométrie qui fera lui aussi son petit succès.

Etienne Bobillier est surtout connu pour ses travaux sur les polaires de courbes et de surfaces algébriques.

Etienne Bobillier a été membre de quelques sociétés scientifiques provinciales de son époque. Notamment, a Société d’Emulation du Jura.

  Il se marie en 1837.

Il est décoré de la Légion d’Honneur en 1839.

A partir de 1836, il commence à souffrir de problèmes de santé et meurt le 22 mars 1840 à Chalôns-sur-Marne.

4. Jean Chacornac

Un astronome lyonnais

Né à Lyon en 1823, il est mort à Villeurbanne (Rhône) en 1873.

Sur la Lune, son cratère de 51 km de diamètre et de 1500 m de profondeur est situé à l'est de la mer de la Sérénité. Il a été nommé en 1935.
Le contour du cratère Chacornac est peu érodé avec une forme pentagonale. Le sol, irrégulier et inégal, possède un système de failles. Il n'y a pas de pic central mais un petit cratère satellite "Chacornac A".

Le cratère Chacornac. Photo domaine public/NASA

Le cratère Chacornac. Photo domaine public/NASA

Le cratère Chacornac. Photo domaine public/NASA

Jean Chacornac est né à Lyon le 21 juin 1823. Son père est épicier. Il fait ses études primaires et entre comme commis dans un bazar de Marseille.

Elève de l'observatoire de Marseille, le Lyonnais réalise une belle carrière en astronomie. Adjoint de Benjamin Valz, celui qui a donné son nom à un grand prix scientifique conjointement avec Lalande, Jean Chacornac est nommé astronome-assistant à l'observatoire de Paris en 1854.

Archives DR

Archives DR

Archives DR

Benjamin Valz l'encourage à réaliser une carte de toutes les étoiles faibles de l’écliptique, carte destinée à faciliter la découverte des petites planètes. Chacornac commence à travailler à ce projet à Marseille et continue à Paris. Trente-six cartes sont publiées de 1856 à 1863. Elles contribuèrent à la découverte de nombreuses petites planètes.

Le dessin de Chacornac sur M 51, réalisé en 1862 sur le réflecteur Foucault de 80 cm de l'Observatoire de Paris/DR

Le dessin de Chacornac sur M 51, réalisé en 1862 sur le réflecteur Foucault de 80 cm de l'Observatoire de Paris/DR

Le dessin de Chacornac sur M 51, réalisé en 1862 sur le réflecteur Foucault de 80 cm de l'Observatoire de Paris/DR

On doit ainsi à Chacornac la découverte de six astéroïdes et une comète.

Chacornac est l’auteur d’un Atlas écliptique en 1856.

Le cratère Chacornac est situé au sud du grand cratère Posidonius. Photo domaine public/NASA

Le cratère Chacornac est situé au sud du grand cratère Posidonius. Photo domaine public/NASA

Le cratère Chacornac est situé au sud du grand cratère Posidonius. Photo domaine public/NASA

En 1863, atteint d’aliénation mentale, il est mis en disponibilité et interné en maison de santé pour quelques mois.

A sa sortie, Jean Chacornac se retire à Villeurbanne (Rhône). Il fait édifier un petit observatoire qu’il équipe en 1868 d’un télescope de 80 cm. Il taille lui-même le disque du miroir fourni par les manufactures de Saint-Gobain.

Il s’occupe alors surtout de l’étude des taches solaires. Jean Chacornac continue de percevoir son traitement de l'observatoire de Paris.

Il meurt à Villeurbanne en septembre 1873.

5. Alexis Carrel

Le chirurgien lyonnais controversé

Né à Ste-Foy-lès-Lyon (Rhône) en 1873. Mort en 1944 à Paris.

En 1979, l'Union astronomique internationale a donné le nom de Carrel à un cratère situé sur la face visible de la Lune. Son aspect est quelque peu déformé avec un léger renflement en saillie au bord nord-ouest.

L'intérieur est irrégulier avec des crêtes et des parties de terrain effondrées. Il mesure 16 km de diamètre.

Médecin, pionnier de la chirurgie vasculaire, Alexis Carrel est aussi prix Nobel de physiologie et de médecine en 1912.

Brillant scientifique, il ne fait pourtant pas l'unanimité. Avant de donner son nom à un cratère, celui-ci s’est inscrit sur le fronton de la faculté de médecine de Lyon. Reconnu notamment pour ses travaux chirurgicaux sur la suture des veines, Alexis Carrel a ensuite été au cœur d’une vive polémique. Sans nier ses talents en médecine, beaucoup ont remis en cause sa légitimité, à la suite d’écrits eugénistes et racistes. Son nom a finalement été retiré de la faculté de Lyon, en 1996.

Ancien élève du lycée Saint-Marc, docteur en médecine de la faculté de Lyon, il oriente son internat vers la chirurgie et travaille à la compatibilité des tissus et des sutures. La petite histoire rapporte qu'il a appris à faire des nœuds fin auprès d'une célèbre brodeuse lyonnaise.

Il publie son premier article sur les sutures vasculaires en 1902, et les méthodes développées sont encore en usage à ce jour.

Ces prises de position ont pu contribuer à rendre infructueuses ses tentatives d’obtenir un poste hospitalier à Lyon.Il s’expatrie en 1904.

Après un court séjour au Canada, il rejoint les Etats-Unis. Il travaille d’abord à l’Université de Chicago où, selon toutes les sources, il était reconnu comme un chirurgien vasculaire talentueux qui a développé de nouvelles techniques de suture des vaisseaux. En 1906, Carrel fut recruté par le Rockefeller Institute for Medical Research, récemment ouvert à New York.

C’est pour son application des techniques chirurgicales à la transplantation d’organes humains qu’il est récompensé par le prix Nobel de médecine en 1912.

En 1914, quand la guerre éclate, il se trouve en France. Il est mobilisé à l’Hôtel-Dieu de Lyon, où il découvre des soldats aux blessures infectées après des jours passés dans les transports. Il est le chirurgien, sauveur des Poilus.

Des théories racistes et eugénistes

Les activités de Carrel dans les années 30 ont provoqué consternation générale bien au-delà de la communauté scientifique Alexis Carrel publie un best-seller en 1933. Il y développe ses théories sur l’eugénisme. Contrairement aux travaux qui lui valurent le prix Nobel, tout ce que Carrel a produit au cours des 34 dernières années de sa vie à l’intérieur et en dehors de son laboratoire a prêté à controverse.

Carrel se lie au régime de Vichy et meurt en 1944.

Le nom de Carrel a été oublié jusqu’en 1991 où il revient dans le débat politique via le Front national. Pendant les années 90, son nom a été retiré de plus de 20 villes en France. En 2003 à Paris, la (dernière) rue qui portait son nom a été rebaptisée Jean-Pierre Bloch, résistant.

La faculté de médecine de Lyon ne porte plus le nom de Carrel depuis 1996. Photo Le Progrès/Philippe JUSTE

La faculté de médecine de Lyon ne porte plus le nom de Carrel depuis 1996. Photo Le Progrès/Philippe JUSTE

La faculté de médecine de Lyon ne porte plus le nom de Carrel depuis 1996. Photo Le Progrès/Philippe JUSTE

6. Daniel Barbier

Un lyonnais reconnu pour son travail sur les éclipses solaires
et les aurores boréales.

Né à Lyon en 1907, mort à Manosque à 57 ans en 1965.

Le nom de ce cratère d’impact sur la face cachée de la Lune a été officiellement adopté par l'Union astronomique internationale (UAI) en 1970.Il fait un diamètre de 66 km.

Photo domaine public/NASA

Photo domaine public/NASA

Photo domaine public/NASA

Né le 10 décembre 1907, petit-fils et fils de polytechniciens a été très tôt attiré par la culture scientifique. Il veut devenir astronome. Il passe rapidement sa licence de mathématiques et prépare son doctorat à l’Observatoire de paris et à celui de Marseille où il fait des études statistiques sur les étoiles doubles à longue période. Après sa thèse, il collabore avec Daniel Chalonge.

Daniel Barbier a publié 220 articles qui ont enrichi les revues et les ouvrages d’astrophysique et de géophysique.

Il a été trois fois lauréat de l’Académie des Sciences.

Dans une éloge funèbre, en 1965, E. Vigroux, de l’Institut d’Astrophysique de Paris, retrace sa carrière dans le détail et assure qu’«au cours de sa carrière, Daniel Barbier a joué un rôle de premier plan comme chercheur, animateur, conseiller et organisateur, fondateur et pilier de l’Institut. (…) Le bilan de ses recherches est inestimable ».

Et de conclure « nous l’avons accompagné au cimetière d’Ecully, près de Lyon. Il était couvert de fleurs et pleuré de tous».

Ses travaux d'étude ont porté sur les atmosphères stellaires et les éclipses lunaires. Daniel Babier a également travaillé sur les phénomènes se produisant dans la haute atmosphère, tels les aurores boréales et la lumière zodiacale.

Photo Olivier MONIN/AFP

Photo Olivier MONIN/AFP

Photo Olivier MONIN/AFP

Son nom est resté dans l'astrophysique avec les "relations d'Eddington-Barbier". Bien que souvent mal cité, ce résultat figure encore maintenant dans la très grande majorité des cours et des ouvrages traitant du transfert de rayonnement et des atmosphères stellaires.

Daniel Barbier est l'auteur d'un ouvrage intitulé Les atmosphères stellaires paru en 1951 chez Flammarion.