L'affaire des bébés sans bras

Retour sur ce dossier de santé publique un an presque jour pour jour après la révélation des faits.

Photo Le Progrès

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Photo Le Progrès/ Maxime Jegat

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« Des investigations approfondies menées de manière indépendante pour savoir d’où ça vient. » C'est le cri du coeur des parents du petit Louis, né en octobre 2012 à l’hôpital de Gleizé (Rhône), sans doigts à la main droite. « À la naissance, le médecin nous avait dit que sa malformation, une agénésie transverse du membre supérieur, était le fruit du hasard », se souvient sa maman, Axelle Laissy. Mais, en octobre 2018, en lisant Le Progrès , cette mère de six enfants découvre d’autres cas comparables, dans l’Ain, son département de résidence.

Jugeant « insuffisantes » les recherches menées par les autorités publiques pour trouver la cause des malformations et butant sur le fait qu’un comité d’experts a exclu toute investigation supplémentaire dans le département de l'Ain, la famille du petit Louis a donc décidé, le 8 août 2019, de porter plainte « contre X pour mise en danger d’autrui ».

Ultime rebondissement dans l’affaire dite désormais des « bébés sans bras ». Dossier qui a pris désormais un tournant judiciaire après plusieurs mois de révélations, de coups de théâtre, de communications contradictoires de la part des pouvoirs publics, et, surtout, d'attentes déçues des familles. Le tout sur fond de différends personnels et de querelles de méthodes scientifiques au sein d'organismes de santé.

La genèse de l'affaire

Rayan a 8 ans. Un petit garçon passionné de quad et qui affiche un bulletin scolaire qui fait des envieux dans sa classe. L’enfant mène une vie normale dans son village d’un millier d’habitants dans l’Ain, non loin de Pont-d’Ain, dans le centre du département. Jusqu’à ce jour de septembre 2018 où il se retrouve au centre d’une véritable affaire de santé publique.

Le 26 septembre, la diffusion d’un reportage lors du journal de 20 heures sur France 2 évoque un « rapport troublant, longtemps resté confidentiel » qui fait état de sept enfants nés entre 2009 et 2014 avec une malformation d’un membre supérieur. Tous ces cas sont survenus dans un rayon de 17,6 kilomètres autour de Druillat.

Rayan est l’un de ces enfants et ses parents veulent comprendre. « Nous faisons partie des cas qui ne savaient pas, confie la mère de famille au Progrès. C’est notre premier enfant et, même si on a profité de cette naissance, il a fallu gérer nos réactions et celles de notre entourage. » Des émotions qui ont laissé place aux questions. « C’est notre médecin traitant qui a alerté car un autre de ses patients était confronté à la même situation à quelques mois d’intervalle. Quand on nous a contactés pour une étude et qu’on nous a dit que nous n’étions pas les seuls, on s’est dit que s’il y avait quelque chose, ça valait le coup de chercher », poursuit la mère de Ryan.

Car les faits sont en réalité connus depuis plusieurs années par les autorités sanitaires. Tout commence avec le signalement, en décembre 2010, par un médecin généraliste de l’Ain, de deux bébés nés avec une absence de formation du membre supérieur (une agénésie transverse), dans le même village et à quelques mois d'intervalle. A l’époque, le registre des malformations en Rhône-Alpes, le Remera, ne couvre pas le département de l’Ain. Une recherche rétrospective est donc menée auprès des maternités, services de pédiatrie, de rééducation…

Le Remera utilise un logiciel statistique dont les résultats montrent l’existence d’un « cluster », un excès de cas, dans un périmètre de 17 km autour de la commune de Druillat. Avec sept cas recensés (cinq garçons et deux filles) en six ans, ce territoire de l’Ain affiche un  taux 58 fois supérieur à la moyenne. La fréquence des ces malformations qui surviennent au cours du premier mois de grossesse, est estimée à 1,7 cas pour 10 000 naissances. Soit environ 150 cas par an en France quand il n’y a pas de cause génétique ou d’accident in utero identifiés.

En octobre 2014, le Remera remet un rapport sur ces sept cas à l’agence sanitaire nationale (InVS à l’époque, aujourd’hui Santé publique France). La cellule régionale de cette dernière mène alors des investigations en 2015 et 2016. « C’est une procédure très protocolisée, portant sur deux axes : évaluer quantitativement s’il existe un excès de cas et voir si on identifie une exposition commune. Là, nous avons conclu qu’il n’y avait ni excès de cas, ni exposition commune », explique, fin septembre 2018, à notre journal, le Dr Anne Gallay, épidiémologiste à la direction des maladies non transmissibles de Santé publique France.

Le Dr Gallay souligne des « limites importantes » dans le modèle statistique utilisé par le Remera et met en avant « l’absence d’hypothèse sur les produits ». « Nous sommes face à des mères enceintes dans un environnement rural. Les expositions sont multiples. Des produits vétérinaires et agricoles, il y en a plein. La consommation alimentaire, la génétique ou des contraintes physiques sont aussi à prendre en compte… C’est comme chercher une aiguille dans une botte de foin », estime l’épidiémologiste.

S'ensuit alors une querelle, tant de méthode statistique entre le Remera et Santé publique France, que de personnes, entre des scientifiques de l'organisme de veille sanitaire et la directrice du registre régional de Rhône-Alpes, Emmanuelle Amar. Cette dernière monte au créneau pour expliquer que la probabilité que ces cas soient dus au hasard, est infime. Comme elle l’indiquait déjà en novembre 2016 dans la revue Environnement, risques et santé.

Tout cela se joue, qui plus est, à un moment où l'existence même du Remera est menacée pour cause de retrait des financements de la Région et de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm).

Emmanuelle Amar, directrice du Registre des malformations en Rhône-Alpes. Photo Le Progrès

Emmanuelle Amar, directrice du Registre des malformations en Rhône-Alpes. Photo Le Progrès

Quoi qu'il en soit Santé publique France ne compte pas, à ce stade, investiguer davantage les cas de malformation de l'Ain.

Dossier clos donc ? Fin de l’histoire ? Pas vraiment. Ce n'est en fait que la fin d'un premier chapitre.

Quand la politique s'emmêle

Agnès Buzyn, ministre de la Santé. Photo AFP/Eric Feferberg

Agnès Buzyn, ministre de la Santé. Photo AFP/Eric Feferberg

Sous la pression, Santé publique France publie ses trois rapports, détaillant l’ensemble de ses investigations. L'organisme maintient que "l'analyse statistique ne met pas en évidence un excès de cas par rapport à la moyenne nationale, et Santé publique France n'a pas identifié une exposition commune à la survenue de ces malformations. L'absence d'hypothèse d'une éventuelle cause commune ne permet pas d'orienter des investigations complémentaires."

Mais à la surprise générale, on y apprend également que deux autres groupes de cas localisés de malformations de même nature ont été rapportés à l’agence sanitaire: l’un en Loire-Atlantique (trois enfants nés entre 2007 et 2008), l’autre dans le Morbihan (quatre enfants nés entre 2011 et 2013). Contrairement à ceux de l'Ain, Santé publique France reconnaît "un excès de cas". "Cependant, aucune exposition commune n'a été identifiée pour les cas groupés de ces deux régions. Dans ce contexte, l'Agence maintient avec le réseau français des registres une attention toute particulière à la survenue de nouveaux cas dans ces régions et dans le reste de la France."

Face à l'opinion publique qui ne comprend pas que ces malformations restent inexpliquées, mais aussi de scientifiques qui prennent clairement position pour le Remera et sa directrice, Agnès Buzyn, la ministre de la Santé décide, le 22 octobre 2018, de relancer l'enquête. «On ne peut pas se satisfaire de dire qu’on n’a pas trouvé de causes, c’est insupportable!», explique-t-elle alors.

La ministre refuse de rentrer dans la polémique sur la méthode du Remera. «Il y a un débat, je n’ai pas envie de rentrer dans ce débat», précise Agnès Buzyn. «La méthodologie d’exploration des cas est scientifiquement validée, mais on a une autre agence, l’Anses, qui s’occupe des risques environnementaux. Avec François de Rugy, ministre de la Transition écologique, on s’est donc dit “faisons travailler ces deux agences ensemble”, pour voir si leurs regards croisés (…) trouveront une cause.»

Et coup de théâtre, dans un communiqué daté du 30 octobre, Santé publique France annonce avoir identifié onze cas suspects supplémentaires dans l’Ain entre 2000 et 2014, en plus des sept cas déjà relevés par le Remera. Ces nouveaux cas suspects ont été identifiés grâce à l’analyse des bases de données hospitalières. Une manière à peine déguisée de fragiliser le travail du Remera en démontrant qu'il est passé à côté d'autres cas de malformation et que donc son travail n'est ni fiable, ni exhaustif.

Emmanuelle Amar, la directrice du registre Remera réagit en affirmant qu’il n’y a «aucun nouveau cas d’agénésie dans les cas suspects» qui lui ont été transmis par Santé publique France. «Nous avons trouvé des malformations totalement différentes, des anomalies qui n’ont rien à voir avec l’absence de bras (...) Nous avons même, dans ces cas suspects, des enfants qui n’ont aucune malformation».

Au mois de novembre, le directeur de la Santé, entouré des patrons de Santé publique France et de l'Anses, présente le plan du gouvernement pour faire la lumière sur les cas d'agénésies transverses du membre supérieur. Une opération déminage pour expliquer qu'il n'y a "pas d'épidémie, ni d'explosions de nouveaux cas", mais qu'il y a "un besoin de comprendre". Toutes les causes possibles doivent être passées au crible à l'aune de l'état des connaissances actuelles : environnement, pollution, pesticides, médicaments, alimentation, facteurs génétiques, liens avec les maladies infectueuses chez les animaux... "Cela nécessite une enquête longue et rigoureuse", précise Jérôme Salomon, le directeur général de la Santé, qui a mis en place un comité scientifique de 20 personnalités couvrant plusieurs disciplines.

En janvier 2019, la révélation de trois naissances en 2016 de "bébés sans bras" sur le même territoire des Bouches-du-Rhône, non loin de l'étang de Berre, remet le feu aux poudres. Et Agnés Buzyn est une nouvelle fois obligée d'éteindre l'incendie qui couve en démentant une quelconque épidémie de malformations en France.

Les familles, elles, sont obligées d'avoir les nerfs solides. Au printemps 2018, Le Remera avance des hypothèses pour expliquer les malformations. Hypothèses qui nécessitent des enquêtes approfondies afin de les confirmer ou non. Dans le même temps, des préconisations du comité d'experts fuitent dans la presse, tantôt favorables à de telles recherches approfondies, tantôt pour clore le dossier. Finalement, après des mois d'attente, les conclusions sont rendues le 11 juillet avec plusieurs semaines de retard et font l'effet d'une douche froide pour les familles de l'Ain.

Les experts recommandent en effet de mener des investigations complémentaires, mais uniquement pour les cas situés dans le Morbihan. Dans l’Ain, les scientifiques ont à nouveau conclu à « l’absence d’excès de cas » de malformations. Et en Loire-Atlantique, ils ont dit vouloir attendre la fin de l’année pour achever le recensement des cas.

Une nouvelle fois, les pouvoirs publics souhaitent mettre à cette affaire aindinoise un point final. Mais dans les esprits et notamment pour les familles, le sentiment est plutôt que le dossier se boucle sur un vaste point d'interrogation laissé sans réponse. La déception et la frustration sont trop grandes pour certains qui ne comptent pas en rester là.

Le rebondissement judiciaire

Axelle Laissy et Me Fabien Rajon lors de la conférence de presse du 18 août, où ils indiquent avoir porté plainte contre X. Photo Le Progres/Maxime Jegat

Axelle Laissy et Me Fabien Rajon lors de la conférence de presse du 18 août, où ils indiquent avoir porté plainte contre X. Photo Le Progres/Maxime Jegat

Un nouveau rebondissement va remettre l’affaire sur le devant de la scène nationale. Et cette fois, le tournant est judiciaire. Axelle Laissy, la mère d’un des 18 enfants présentant une agénésie transverse d'un membre supérieur et résidant dans l’Ain, dépose plainte, le 8 août, au pôle de santé publique du tribunal de grande instance de Marseille, compétent pour tout le sud de la France.

« Ma cliente a porté plainte contre X pour mise en danger d’autrui, explique Me Fabien Rajon, l’avocat de la famille, en conférence de presse, le lundi 19 août. Nous sollicitons l’ouverture d’une information judiciaire. Car ce que nous voulons, c’est une enquête indépendante et impartiale. Les enquêteurs du pôle santé sont spécialisés sur les questions environnementales et sanitaires. »

Avocat et parents s’interrogent en effet sur "l’indépendance et l’impartialité" de Santé Publique France et de l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail. « Ces organismes sont relativement proches du gouvernement puisque leurs comités directeurs respectifs sont nommés par l’exécutif », pointe Me Fabien Rajon. Le dépôt d’une plainte doit permettre, selon eux, "de travailler à la manifestation de la vérité". Leur objectif est d'obtenir la désignation d'un juge d'instruction, magistrat dont l'indépendance est statutairement garantie, ce qui lui permet d'instruire à charge et à décharge.

D'autre part, en se constituant partie civile, ils s'ouvrent l'accès au dossier. "Nous aurons aussi un rôle majeur à jouer en sollicitant des demandes d’actes, d’auditions, d’analyses et d’expertises, pour obtenir des investigations approfondies." Des investigations qui pourraient porter sur d’éventuelles causes environnementales.

Car Axelle Laissy, la mère du petit Louis, six ans, né sans doigt à la main droit, n'en démord pas : elle veut des réponses. « Malgré cinq échographies pendant ma grossesse, nous avons découvert la malformation de Louis à la maternité, se souvient-elle. Moi, je ne l’ai pas vue tout de suite mais une fois qu’ils l’ont ramené habillé. J’ai été orientée vers une généticienne et un chirurgien pédiatrique dès le lendemain. Et nous savons que cette malformation n’est pas génétique. »

Or, pour l'heure, le mystère quant à l'origine de ces malformations reste entier.

Axelle Laissy et son petit garçon Louis, six ans, qui présente une agénésie transverse de la main droite. Photo Le Progrès/Laurent Thevenot

Axelle Laissy et son petit garçon Louis, six ans, qui présente une agénésie transverse de la main droite. Photo Le Progrès/Laurent Thevenot

Le mystère autour
des causes

Les origines de l'agénésie transverse des membres supérieurs peuvent être multiples. D’ordre génétique, tout d'abord. Ou bien liées à un accident intra-utérin induisant une contrainte physique sur le développement des membres. Enfin, elle peuvent être rattachées à des produits tératogènes qui ont un effet toxique sur le développement du fœtus. Le plus connu est la thalidomide (médicament anti-nauséeux prescrit aux femmes enceintes dans les années 1950-1960). Mais la Dépakine peut elle aussi être responsable de malformations des membres.

Sauf que toutes ces causes ont été écartées pour les cas groupés recensés dans les trois départements français. Concernant les cas dans l’Ain: « aucune anomalie génétique ou chromosomique n’a été rapportée. Aucune bride amniotique n’a été retrouvée pour l’ensemble des cas. Aucune mère n’a subi de choriocentèse (une biopsie de tissus du fœtus, NDLR), n’a pris de traitement médicamenteux ou a consommé de la cocaïne au cours du premier trimestre », indiquait le Remera dans son rapport de 2014.

Photo d'illustration Le Progrès

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Reste un point commun à toutes les familles concernées : habiter en zones rurales, à proximité de champs. « On nous dit qu’il y a de plus en plus de malformations alors il faut peut-être que l’on arrête de fermer les yeux. Et sans vouloir accuser les agriculteurs, on se dit qu’il y a un problème avec ce que l’on respire », souligne Axelle Lassy, la maman du petit Louis.

Pour les enfants malformés nés dans l’Ain, «l’hypothèse la plus probable reste une exposition à un tératogène commun à ces sept mères», selon le registre de surveillance de la région Rhônes-Alpes. Dans un premier temps, le Remera envisageait en particulier l’exposition à «une substance utilisée en agriculture ou en médecine vétérinaire», évoquant plusieurs cas de malformations chez des veaux nés au centre de la zone concernée de l’Ain signalés par les services vétérinaires. Une information qui n’a jamais été confirmée par les autorités sanitaires.

Au même titre que certains médicaments, certains pesticides sont tératogènes, c’est-à-dire qu’ils peuvent affecter le développement normal d’un fœtus. La piste a donc logiquement été examinée par Santé publique France. «Nous avons regardé si le premier trimestre de ces grossesses (moment où surviennent les malformations, NDLR) coïncidait avec les périodes d’épandages», indique Anne Gallay, directrice du département de maladies non transmissibles et traumatismes à Santé publique France. «Mais les mamans de l’Ain n’ont pas toutes été enceintes à la même période de l’année».

L’agence sanitaire n’a toutefois pas réalisé de prélèvements dans l’environnement des familles concernées. «À partir du moment où l’on n’a aucune hypothèse, il est très compliqué de savoir où chercher», justifie Anne Gallay. «Vous pouvez prélever tous les échantillons de sol, d’air et d’eau que vous voulez, vous finirez forcément par trouver quelque chose, mais ce ne sera jamais la preuve que c’est la cause des malformations».

En parallèle du groupe désigné par le gouvernement, le Remera et Emmanuelle Amar ont, par la suite, travaillé sur plusieurs pistes de contamination par tératogène. Et l'une d'elles mène à l'eau courante. La directrice du Remera estime que l'eau du robinet, bue ou utilisée pour cuisiner, pourrait être à l'origine de ces malformations. Les communes étudiées auraient toutes un point commun : "un captage de l'eau en amont, dans des zones potentiellement polluées, et une situation géographique en bout de réseau". Un spécialiste en risques sanitaires liés à l'eau s'est aperçu que c'était le même réseau d'eau qui alimentait plusieurs familles impactées.

Photo d'illustration Le Progrès

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Leur hypothèse est donc une pollution de l’eau potable « localisée et non chronique » dans les trois régions concernées (Ain, Morbihan, Loire-Atlantique) dont l’origine pourrait être un ou plusieurs pesticides récemment mis sur le marché, un cocktail de produits phytosanitaires ou un produit phytosanitaire issu de la contrefaçon, une contamination par des rejets toxiques industriels, un produit testé sur une surface agricole ou encore un virus ou des toxines phytoplanctoniques.

Mais le groupe de travail rappelle qu'il ne dispose à l'heure actuelle d'aucune certitude et que chacune de ces pistes devrait être étudiée, prélèvements à l'appui. « Dans l’état actuel des connaissances, aucune substance connue n’a la capacité d’induire spécifiquement les malformations observées », relèvent les experts du Remera. Ils demandent qu’un audit des systèmes d’eau soit réalisé ainsi qu’un séquençage du génome des enfants et de leurs parents.

Dans ses conclusions de 2014, Emmanuelle Amar reconnaissait que, « sur les quelques clusters publiés au cours de ces 40 dernières années, peu ont pu bénéficier d’une explication », mais que c’est ainsi qu’ont été mis en évidence les liens entre la cataracte congénitale et la rubéole, l’absence de membre et la thalidomide, les anomalies génitales et le Distilbène ou encore le spina bifida et la Dépakine par le Remera en 1982.

Qu'en sera-t-il du dossier des bébés sans bras ? Ces malformations resteront-elles inexpliqués ? Ou bien réussira-t-on à établir un lien avec un produit particulier ? C'est là tout l'enjeu de l'instruction qui doit se dérouler dans les prochains mois après la plainte des parents du petit Louis, la seule famille, à l'heure actuelle, à avoir engager une procédure judiciaire.