Consommer autrement :
ils ont franchi le cap !

Fini le temps de l’hyperconsommation ! La crise, les scandales sanitaires ou le spectre du réchauffement climatique nous poussent à changer nos habitudes. Désormais l’heure est au « consommer moins, mieux et malin ». Échange, partage, location, achat groupé, dépôts-ventes, covoiturage, monnaie locale… Gros plan sur quelques initiatives dans la Loire et la Haute-Loire.

Le Lien, la monnaie locale qui soutient l'économie solidaire

La monnaie locale stéphanoise, Le Lien, a vu le jour il y a trois ans. Elle compte aujourd’hui 250 adhérents utilisateurs et 50 professionnels dans son réseau. On vous explique comment ça marche.

Un grand nombre de monnaies locales ont été créées après la crise financière de 2008 afin de lutter contre la spéculation des banques. À Saint-Étienne et sa couronne, cette monnaie s’appelle Le Lien. Ne pouvant pas s’épargner, elle ne s’évapore pas sur les marchés financiers ou dans les paradis fiscaux.

C’est quoi une monnaie locale ?
Comme son nom l’indique, cette monnaie ne circule que dans son territoire. Le Lien s’échange contre des euros. 1 Lien = 1 euro. Les euros échangés sont sortis du système financier classique et alimentent des banques éthiques comme la NEF.
Cette banque, basée à Vaulx-en-Velin dans le Rhône, réalise des prêts pour des projets à impacts sociaux, environnementaux et culturels positifs. Récemment, Le Lien a soutenu le projet de centrale solaire d’un Gaec (groupement agricole d’exploitation en commun) à Rosières en Haute-Loire.
Une large palette de professionnels parmi de nombreux secteurs d’activité peut accepter et faire circuler les Liens : associations, coopératives, entreprises, commerçants, artisans, professions libérales, prestataires de services, producteurs…


Comment utiliser Le Lien ?
Pour se procurer des Liens, il faut devenir adhérent à l’association, la monnaie ne pouvant circuler qu’entre adhérents. Cette adhésion, à prix libre, peut se faire en ligne via le site lelien42.org, ou en se rendant 15,  rue Robert à Saint-Étienne, l’association y tient des permanences les mercredis et vendredis de 12 à 17 heures.
La nouveauté de cette rentrée est le passage à un système de paiements numérisés. Il vient compléter la circulation des coupons billets de 1, 2, 5, 10 et 20  Liens, et fonctionne via une application gratuite sur smartphone mais aussi par une interface web.
Cette application permet d’ouvrir un compte e-Lien, rechargeable de chez soi, ponctuellement ou automatiquement (par prélèvement mensuel) et d’effectuer des paiements en scannant les QR codes (code-barres à deux dimensions) affichés au niveau des caisses chez les commerçants adhérents.

Qu’est-ce qu’on peut acheter ?
La palette des professionnels adhérents est large. De l’alimentaire avec des commerces qui privilégient les circuits courts, en passant par de la librairie, un garagiste, des entreprises numériques, une ostéopathe, des restaurants… Ces professionnels sont passés en commission d’agrément auprès du conseil d’administration de l’association afin de s’assurer qu’ils ont la volonté de participer à la transition vers un système économique plus durable.
Sabine PERRAULT

Dans le Pilat, Le Babet est utilisé pour favoriser les circuits courts

Le Babet est une monnaie locale circulant dans le Pilat, dans le Gier et dans le bassin annonéen, complémentaire à l’Euro. Il a pour objectif d’alimenter l’économie réelle du territoire, tout en favorisant la solidarité et l’humain, les échanges locaux (économiques et sociaux) et le soutien aux projets du secteur.

L’association de la Monnaie locale du Pilat, basée à Bourg-Argental, a été créée en 2016 et elle est gérée de manière collégiale. Elle a donné naissance au Babet, en circulation depuis août 2018.

Cédric Bozonnet, membre du conseil collégial de la Monnaie locale, note : « avec un Babet, on sait que l’argent va alimenter directement l’économie locale, alors que l’Euro fuit le territoire et part à 97 % dans la spéculation mondiale. »

Le Babet compte actuellement un réseau de 65 prestataires, qui ont signé une charte d’adhésion : ils peuvent être des commerçants, des artisans, des services ou des événements associatifs tels que la fête de Burdignes ou la Tawa de Planfoy.

Des résultats positifs après un an de circulation

 Actuellement, entre 8 000 et 9 000 unités circulent et l’association compte 150 utilisateurs. La particularité des monnaies locales, comme le Babet, est son utilisation double : les coupons billets circulent en circuit court, dans une boucle entre les consommateurs et les prestataires ; et les euros dépensés lors de l’échange sont déposés dans une banque éthique, qui va financer des projets locaux et environnementaux (Cigales, Amap, magasins de producteurs, etc.).

Au bout d’un an de circulation, le bilan du Babet est positif, comme l’explique Cédric : « Pour un territoire plutôt rural comme le nôtre, nous avons eu de bons retours globalement. Certains événements associatifs locaux se sont mêmes appropriés le Babet ». L’objectif de l’association est désormais d’étoffer le réseau de prestataires et d’utilisateurs. La Loire compte deux autres monnaies locales : le Lien à Saint-Étienne, et la Commune à Roanne. La France possède une quarantaine d’initiatives similaires.
De notre correspondant Lucas ORIOL

Repère : 1 Euro = 1 Babet Il existe sept billets différents : 1, 2, 5, 8, 13, 21, 50 Site internet : https://monnaielocalepilat.wordpress.com

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La Loire compte trois monnaies locales : le Lien
à Saint-Étienne, la Commune à Roanne et le Babet
dans le Pilat. Une quarantaine d’initiatives similaires existent en France

Dans le Roannais, La Commune a fait son apparition il y a 10 ans

Depuis 2009, le Roannais dispose d’une monnaie locale : La Commune. Elle se veut complémentaire de l’euro. Créés par le bar associatif Entre Potes à Roanne, les billets de cette monnaie sont imprimés à Saint-Romain-la-Motte. Une Commune équivaut à 1 euro.

Le but de cette monnaie locale est principalement de favoriser le développement des commerces de proximité. La zone d’action de la Commune s’étend désormais dans tout le Roannais et progresse un peu plus chaque année.

L'échange de maison :
le bon plan pour les vacances

La famille Trivel rêvait d’un séjour à La Réunion. Mais le prix à payer était cher pour le couple et ses trois enfants. En échangeant leur maison avec une famille réunionnaise, les Yssingelais ont pu réduire la facture. Et s’offrir un sacré dépaysement.

« Ca ne vous gêne pas de dormir dans le lit d’un étranger et de savoir que celui-ci se glissera dans vos draps ? » Quand on pose cette question à Damien Trivel, sa réponse fuse immédiatement : « Bah non ! C’est comme lorsqu’on dort à l’hôtel ou en gîte. »

« Ça paraissait impossible »

Pour les grandes vacances cette année, cette famille d’Yssingeaux a opté pour un nouveau fonctionnement. Pas de périple en camping-car, ni de location de mobil-home…

Pour les grandes vacances cette année, cette famille d’Yssingeaux a opté pour un nouveau fonctionnement. Pas de périple en camping-car, ni de location de mobil-home…

Pour la première fois, elle a opté pour l’échange de maisons.
La destination était choisie depuis longtemps : « Avec Béatrice, ma femme, nous avions séjourné à La Réunion pour participer à un trail. »

Et le couple avait adoré l’île. À tel point qu’il avait envie d’y retourner avec ses trois enfants. «  Mais y aller à cinq, louer quelque chose sur place, plus le prix de l’avion, ça paraissait impossible. Grâce au site internet HomeExchange et, surtout, grâce à des copains, nous avons trouvé une famille vivant sur l’île, prête à échanger sa maison et même sa voiture durant deux semaines. »

Si l’aspect financier était essentiel, Damien Trivel voit dans ce nouveau mode de consommation un autre point de satisfaction plutôt insolite : « Nous avons décidé de faire un grand ménage de notre maison. Ce grand débarras, on le remettait toujours au lendemain. Là, il a fallu qu’on s’y mette ! »

Après, « il faut se faire confiance ». Les Réunionnais, habitués au concept, avaient pris soin de ranger leurs objets personnels dans une pièce fermée. Pour le reste, tout était disponible : « Par politesse, il suffit de s’appeler afin de demander l’autorisation d’emprunter, par exemple, un sac à dos. Ils nous avaient même mis à disposition masques, tubas et palmes pour faire de la plongée sous-marine ». Et chaque famille s’est aussi engagée à s’occuper des animaux respectifs.

« On a eu l’impression pendant un mois de vivre une autre vie. Nous sommes prêts à renouveler l’expérience. »

Si les habitants d’Outre-Mer ne sont restés que quelques jours à Yssingeaux, ils ont pu utiliser l’automobile de leurs hôtes pour se rendre en Écosse. Et pour que la famille Trivel puisse prolonger son séjour, les Réunionnais avaient trouvé une solution en dénichant une seconde maison, puis un gîte, pour les quinze  jours restants.

Ce premier échange de maisons est très concluant pour Damien Trivel : « On a eu l’impression pendant un mois de vivre une autre vie. Nous sommes prêts à renouveler l’expérience. »
Hervé GUILLAUMONT

Échanges de maisons, mode d'emploi

Plusieurs acteurs se partagent le marché : HomeExchange, Trocmaison, Intervac, Echangedemaison, Switchome… Et le tout nouveau « People like us ».
Les fonctionnements divergent d’une structure à l’autre. L’échange peut être totalement gratuit, sous forme d’abonnement ou de points, simultané ou non…
HomeExchange par exemple propose deux formules : un abonnement (130 euros par an) ou la nuitée à une dizaine d’euros. Proposer un bien est obligatoire, à plus ou moins long terme. Pas besoin d’être propriétaire, un locataire peut légalement y prendre part. Des garanties et assurances sont prévues.
Pour participer, il faut s’enregistrer sur le site internet et remplir son profil. Le site estime votre bien en « GP » (équivalent en « guest points», points d’invités). Le site fonctionne comme AirBnb : descriptif, photos, notations, commentaires… HomeExchange sert d’intermédiaire.
Les puristes du modèle s’organisent aussi seuls, notamment via des groupes Facebook.

Ressourcerie : « Ici on déniche des objets surprenants à des prix imbattables »

La Ressourcerie Acora mixe économie solidaire et développement durable. Un concept gagnant-gagnant

Collecter, valoriser, revendre et sensibiliser. Telle est la devise des ressourceries qui essaiment un peu partout en France

À Roanne, c’est au fond de l’impasse Fontval qu’Acora a installé ses locaux. Dans cette ancienne usine textile, le ballet des salariés est bien organisé entre ceux qui collectent et ceux qui valorisent.

L’association emploie 29 salariés en insertion. « Le but est de leur remettre le pied à l’étrier pour faciliter leur retour à l’emploi ou vers une formation qualifiante », explique la directrice Hélène Alimi.

« C’est le principe de l’économie solidaire qui se double ici d’une action pour le développement durable, puisqu’on essaie de valoriser les objets collectés qui vont du mobilier à la vaisselle en passant par la décoration. Le mot d’ordre, c’est le réemploie », poursuit la responsable d’Acora. Alors dans les différents ateliers, on trie, on nettoie, on ponce et on donne une seconde vie.

« J’ai trouvé une casquette
à 1 euro »

Un concept qui marche puisque Acora compte plus de 2 500 adhérents cette année. « Moyennant une cotisation de 1 euro les gens ont accès à notre boutique et peuvent acheter à des prix très raisonnables. On reste volontairement à ce tarif afin d’être accessible au plus grand nombre puisque nos acheteurs sont des étudiants ou des jeunes adultes qui débutent dans la vie active. Et aussi des gens avec peu de moyens », énumère Hélène Alimi.

En déambulant dans les allées des différents dépôts, vendredi après-midi, on croise Pascal. C’est un habitué car il vient chaque semaine. « J’ai trouvé une casquette à 1 euro », explique ce chineur toujours à la recherche de la bonne affaire.

« Là, j’ai trouvé un cutter pour découper du revêtement de sol mais je ne sais pas si j’en aurai l’utilité », s’interroge Pascal

Deux allées plus loin, on croise Marie-Claude dans le rayon vaisselle. « J’ai déniché une boîte en porcelaine dans lequel je mettrai de la lavande pour diffuser une bonne odeur dans le linge », explique cette alerte quinquagénaire.

« Je viens ici car on déniche des objets surprenants à des prix imbattables. Cela permet de faire plaisir à mes petits enfants. Et en plus ça aide des personnes qui sont en insertion », poursuit Marie-Claude, parfaitement sensibilisée aux objectifs des ressourceries.
Max CHAPUIS

La prochaine grande vente d’Acora aura lieu le samedi 21 septembre de 9 à 18 heures. Acora, 36 impasse Fontval 42300 Roanne (04.77.44.68.40). http://resoourcerie.acora42.com

Charaf, futur encadrant sur l'atelier bois, transforme avec talent les meubles issus des dons.

Brigitte, encadrante technique couture, travaille sur le projet d'un coussin issu de tissus donnés par des particuliers ou des entreprise.

Christophe en CDDI (contrat à durée déterminée d'insertion ) depuis 5mois, travaille sur le projet d'un plan de travail de cuisine à partir d'un vieux chariot issu d'une usine textile. 

Une zone de gratuité où on se sert sans passer à la caisse à Boën-sur-Lignon

À Boën-sur-Lignon, un collectif citoyen a été constitué en 2014 à l’occasion de la venue des demandeurs d’asile. Les membres de ce collectif donnent de leur temps pour accompagner les réfugiés pour leurs démarches administratives, pour les rendez-vous médicaux, donnent des cours de français… Et ils proposent un nouveau mode de consommation

Les membres du collectif proposent une zone de gratuité. Cette dernière est accessible à tous et permet aux plus démunis - mais pas seulement - l’acquisition d’articles dont ils ont besoin.

Le principe est simple. Sa mise en œuvre est plus complexe. C’est un lieu où on peut déposer des objets (vêtements, chaussures, linge de maison, vaisselle, jouets, jeux de société, jeux vidéo, petit électroménager…) qui ne sont plus utilisés, mais en bon état et réutilisables pour une deuxième vie.

« Un recyclage utile et solidaire »

Dans cette même zone de gratuité, chacun peut prendre librement et gratuitement les objets qui l’intéressent. C’est en fait un « recyclage utile et solidaire » d’objets qui pour la plupart auraient fini à la déchèterie. C’est ainsi un geste écocitoyen qui va, en plus, dans le sens de la réduction des déchets.

Il faut d’abord gérer la collecte et la réception des objets. Les premières années, la collecte était faite la veille pour pouvoir trier et organiser les objets par thème sur l’espace où sera reçu le public. Mais le matin, ça se bousculait avant l’heure de début déclenchant un rush à l’ouverture des portes.

Cette année, le dépôt des objets se fera tout au long de la journée pour éviter les bousculades. Les organisateurs doivent ainsi alimenter les « rayons » progressivement. En fin de journée, les objets restants sont récupérés et donnés à des associations.
De notre correspondant Raymond SERRET

La 7e édition de la zone gratuité aura lieu samedi 30 novembre dans la salle de fêtes.