Ce lyonnais fabrique
vos
fonds d'écran
de smartphones

et vous ne le saviez même pas


Rien ne le laisse présager de prime abord. Thomas Blanchard, en baskets, jeans, tee-shirt ; barbe d’un peu plus de trois jours, et cheveux en bataille, accueille en toute simplicité. Pourtant, les créations du jeune artiste de 35 ans se retrouvent dans bon nombre de poches ou de sacs à main.

Ses créations ? Des vidéos de cascades de couleurs utilisées comme fond d’écran par les plus gros fabricants de smartphones au monde. Apple, Samsung, Sony ou LG, tous ont fait appel à ses services.


Mélange de couleurs dans la cuisine


« Mon appartement me sert plus d’espace de travail car je vis plutôt chez ma copine », s’amuse l’artiste.

En effet, les étagères du salon regorgent de tubes de toutes tailles et de variantes de couleurs. Des calques tout aussi bariolés surplombent l’impressionnante collection. Au mur, Thomas Blanchard exposent certaines de ses créations.

« Mais elles ne rendent pas terrible », souffle-t-il avec une moue. Un véritable atelier a aussi investi la cuisine.

Dans les gobelets, les teintes multicolores ont remplacé le café. Les assiettes servent aux mélanges. Et en guise de convives, une caméra 8K sur un trépied est attablée.


Un passage par des plateformes spécialisées


C’est ainsi que Thomas travaille. Il mélange les couleurs selon ses goûts, à l’aide de seringues dans une assiette.

Ensuite, il ajoute, au choix, de l’huile, de la javel ou d’autres additifs. Il filme alors en très haute résolution les mouvements qui s’ensuivent.

Résultat ? Des formes et des couleurs qui font penser tantôt aux fonds marins, tantôt à l’univers spatial.

Une fois satisfait, le jeune homme contacte des sites d’art influents. Il espère ainsi gagner en visibilité sur MyModernMet , Creapills , Vice, Colossal ou de nombreux autres.


Repéré par Apple


Sans le baccalauréat, Thomas utilise l’art pour s’échapper du monde du travail. Projectionniste au cinéma de Charbonnières-les-Bains, il débute par des vidéos en stop motion.

Il réalise ensuite des clips pour des chanteurs lyonnais. « Je cherchais déjà à apporter une touche artistique manuelle », se souvient-il. L’artiste s’inspire des clips de chansons hippies des années 1960 et 1970, très colorés.

Il poursuit dans cette voie. En 2015, Apple le contacte. La firme américaine achète sa vidéo Memory of painting pour en intégrer quelques secondes dans la publicité de l’un de ses ordinateurs.


Photo Progrès/Maxime JEGAT


 Réalisateur de la pub de l’iPhone X à Villeurbanne


Les contrats s’enchaînent avec la marque à la pomme. « Mes prix étaient moins élevés que la concurrence, raconte Thomas.

Mais je savais qu’Apple lançait les tendances, donc que les autres fabricants pouvaient ensuite me contacter. » En 2017, Apple utilise une de ses images pour illustrer la résolution de son nouvel écran.

L’été dernier, une équipe de la marque débarque même à Villeurbanne pour un tournage avec le jeune homme.

« J’ai dû signer cinq ou six clauses de confidentialité, se remémore-t-il. Je ne savais même pas qu’on travaillait à la publicité de l’iPhone X. »

Sony, Samsung, LG ou Dolby le sollicitent ensuite. Les montants des contrats s’élèvent de 45 000 à 170 000 €.

Un documentaire en projet

Thomas Blanchard participe aussi à des expositions. La galerie d’art numérique Artechouse de Washington le produit. L’atelier des lumières, à Paris, lui accorde aussi une place.


« J’aime bien changer »


Le créateur doit également porter un projet dans l’aéroport de Tokyo pour les JO de 2020. Mais, à la rentrée, le jeune homme va se tourner vers le documentaire.

« J’aime bien changer. Avec ma copine journaliste, on veut réaliser un reportage sur la gestion de la pollution au plastique en Inde », détaille-t-il. Se renouveler, éviter la routine, voilà ce qui motive Thomas Blanchard.