Saint-Étienne au Moyen Âge et à la Renaissance : juste une grosse bourgade

La ville n'a pas attendu la révolution industrielle
pour apparaître. Elle a une histoire médiévale
et Renaissance méconnue, qui lui a permis
d'accumuler le terreau propice à son développement spectaculaire du XIX
e siècle.

L'histoire débute à la fin du XIIe siècle un peu plus au sud, sur les rives du Furan. Le cours d'eau a permis, ici et là, l'installation d'habitations et de bâtiments agricoles, notamment des moulins, attirés par sa force motrice. Des moines de l'ordre bénédictin fondent l'abbaye de Valbenoite. L'église actuelle en est la dernière trace pour ce qui reste le premier élément apparu dans l'histoire concernant Saint-Étienne.Saint-Etienne de Furan. Une petite bourgade, même pas une ville. Les remparts tout juste construits dans les années 1430 permettent de la mesurer : 100 mètres de long, 100 mètres de large entre le Pré de la Foire (actuelle place du Peuple) et la sortie de la cité à l'ouest (actuelle place Boivin). Nous sommes dans le cœur primitif de la future grande ville industrielle des XIXe et XXe siècles.

Plus au nord, des maisons sont construites au pied de la colline du Mont d'Or (actuelle colline des Pères), protégées par celle-ci et à proximité du Furan, si précieux pour la consommation domestique et sa force motrice, et si redoutée par ses crues dévastatrices. On en a besoin mais on s'en méfie, et ce sentiment paradoxal conduira à le recouvrir à partir du XVIIe siècle.

La petite bourgade semble exister depuis le XIIIe siècle et se trouve sur les terres du seigneur de Saint-Priest, dont le château-fort est installé au sommet de la colline de la commune actuelle de Saint-Priest-en-Jarez. De là-haut, la vue permet de surveiller et observer Saint-Etienne-de-Furan. Le seigneur a une demeure secondaire dans la ville sur le côté sud-ouest des remparts (haut de la rue du Mont-d'Or actuelle) qu'on appelle château ou maison forte.

La montée Saint-Marc est aménagée le long des anciens remparts, qui se trouvaient sur le côté droit des escaliers.

La montée Saint-Marc est aménagée le long des anciens remparts, qui se trouvaient sur le côté droit des escaliers.

Bâtie pour protéger la bourgade des pillages, l'enceinte, haute de 6,50m, ne parvient bientôt plus à contenir la ville qui gagne des habitants et cherche de la place. Car en effet, c'est une bourgade qui croît par ses activités économiques rendues possibles par la présence du charbon et de l'eau.

Les Stéphanois travaillent le fer et le travaillent bien : la clincaille semble être la première activité apparue et produit des ustensiles de cuisine, des outils, de la serrurerie, des moulins à café... La coutellerie est importante, exporte les trois quarts de sa production et fabrique un couteau local, « l'Eustache », mis au point par Eustache Dubois.

La production des armes fait la renommée de la ville dès le XVIe siècle, d'abord pour les armes blanches puis pour les armes à feu. Le roi François 1er accorde déjà des privilèges aux armuriers stéphanois pour fournir l'armée royale. En 1669, Saint-Etienne compte 600 armuriers ! Enfin, un peu plus tard, au XVIIIe siècle, la ville devient un centre important du textile.

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La Grand'Eglise, sur la place Boivin, a été construite à partir de 1446, à la fin du Moyen-Age.

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La ville déborde donc rapidement, peu de temps après leur construction, des remparts. On bâtit dans les fossés, certaines maisons prennent même appui sur leurs murs épais et solides. Les premières traces de constructions apparaissent dès 1460, soit même pas vingt ans après l'édification des remparts : deux maisons à l'est du Pré de la Foire, et dix-sept maisons à l'ouest de la porte de Roannel (actuelle avenue Emile-Loubet et alentours).

L'extension hors les murs de la ville a commencé et ne s'arrêtera pas. Elle compte 3 700 habitants en 1515, et plus de 10 000 en 1580. Les remparts disparaissent progressivement du paysage.

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Un exemple de construction du Moyen-Age: des maison à pans de bois.

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Un exemple de construction du Moyen-Age: des maison à pans de bois.

LA DEMEURE CHAMONCEL

Plus connue sous le nom de "Maison François Ier", cette demeure, située au 5 place Boivin, est l'un des plus anciens bâtiments et le seul de style Renaissance avec sa cour intérieure et ses galeries. Il est constitué de deux constructions apparues à un siècle d'écart. La première, sur la gauche, se reconnaît facilement avec sa façade à pans de bois et date du XVe siècle. A l'époque, la plupart des immeubles est construit ainsi.

Au XVIe siècle, Claude Chamoncel, un forgeron qui s'est enrichi par son travail et son mariage, achète la maison et en fait construire une autre adjacente : la partie droite en grès houiller. Il réunit les deux bâtisses. C'est pour cette raison qu'aujourd'hui la demeure Chamoncel a la particularité de présenter deux façades de nature différente : pierres et colombages.

Elle est considérée par son architecture et la notoriété de son constructeur comme une maison bourgeoise. Elle compte un rez-de-chaussée et trois étages, une cour intérieure et un autre corps de logis à l'arrière dont le rez-de-chaussée est aménagée à l'origine en grotte de fraîcheur, aménagement que l'on retrouve de nos jours au château de la Bâtie d'Urfé.

La maison traverse les siècles jusqu'à nos jours. En 1994, la Ville la rachète avant d'être classée au titre des Monuments Historiques en 1998. Elle est désormais protégée, ne reste plus qu'à la restaurer. Car elle est en mauvais état, au bord de s'écrouler. Les travaux de rénovation durent de 2005 à 2015. La demeure Chamoncel ouvrira dans son rez-de-chaussée une Maison du patrimoine et des lettres en 2021.

La cour intérieure de la demeure, que les Stéphanois appellent couramment "Maison François Ier".

La cour intérieure de la demeure, que les Stéphanois appellent couramment "Maison François Ier".

La demeure Chamoncel a la particularité de présenter deux façades de nature différente : pierres et colombages.

La demeure Chamoncel a la particularité de présenter deux façades de nature différente : pierres et colombages.

LA PLACE DU PEUPLE

Les habitants achètent, en 1410, un terrain à l'est du bourg et en bordure du Furan : le Pré de la Foire. Il sert aux marchés (bovins, poissons, moutons, chevaux), aux fêtes publiques, et pour entreposer des matériaux de constructions nécessaires pour une ville alors en pleine croissance.

Le Pré de la Foire, pourtant hors les murs, devient le centre de la cité et trois ponts sont construits pour enjamber le Furan et accéder au faubourg d'Outre-Furan (actuel quartier Saint-Jacques). C'est dans cet endroit de la ville que deux grands équipements sont construits, deux hôpitaux : l'Hôtel-Dieu en 1645 et l'hôpital de la Charité en 1694 pour les plus nécessiteux.

La tour de la droguerie est située sur l'entrée est de la ville médiévale : la porte du Furan.

La tour de la droguerie est située sur l'entrée est de la ville médiévale : la porte du Furan.

C'est le quartier des artisans, ceux qui travaillent le métal et c'est là, sur la place Chavanelle, que s'installe en 1764 la Manufacture royale d'armes. Celle-ci, fonctionnant avec des artisans sous-traitants, fixent pour deux siècles le caractère armurier des quartiers Chavanelle et Saint-Roch.

La ville s'étend aussi à l'ouest (actuels quartiers Tarentaize et Beaubrun,) le long de la route qui mène au Puy. C'est le quartier des demeures bourgeoises le long de la rue Roannelle (actuelle avenue Emile-Loubet), le quartier des serruriers, de la clincaille encore et des tailleurs de pierre.

Quant au bourg, en perte de vitesse et avec moins d'habitants année après année, il est animé principalement autour de la place Grenette et le long de la rue de la Ville.

LA CEINTURE MYSTIQUE

Au nord et au sud, l'urbanisation s'avère impossible avec l'installation de congrégations religieuses au XVIIe siècle : la ceinture mystique. Car l'archevêque de Lyon surveille Saint-Etienne, très proche des pays protestants des Cévennes, et installe plusieurs couvents et monastères : le couvent des Minimes vers 1610 (actuelle église Saint-Louis), celui des Dominicaines de Sainte-Catherine (nord de l'actuelle place du Peuple) en 1615.

Viennent ensuite le monastère des Capucins (intersection des actuelles rues Tarentaize et Aristide-Briand et de la Paix) en 1619, le couvent des Visitandines en 1622 (actuelle église Sainte-Marie), et enfin celui des Ursulines aux Ursules en 1636. Contrainte, Saint-Etienne est une ville qui s'étend d'est en ouest jusqu'en 1789.

PAS ENCORE UNE GRANDE VILLE MAIS...

A la veille de la Révolution, Saint-Etienne n'est pas une grande ville. Pas encore. Elle est gênée par des couvents et monastères dans son développement urbain, et est encore loin des grandes routes commerciales.

De plus, il lui manque les lieux, les bâtiments et les apparats du pouvoir : pas de cathédrale, ni d'hôtel de ville ou de palais de justice. Pas de palais seigneurial, aucune voie publique d'envergure. Le château du seigneur et la Grand'Eglise ont déjà un aspect vieilli.

Et pourtant, elle est à la veille de prendre son envol par la révolution industrielle des années 1820 et 1830 qui s'approche. Car tous les ingrédients sont réunis pour devenir la grande ville du XIXe siècle. Sa population est déjà nombreuse, et surtout qualifiée pour travailler deux futures industries fondatrices pour la ville : le textile et le fer, qui seront rendues possibles par un sous-sol charbonneux indispensable pour accompagner l'industrialisation.

La rue des Fossés, aménagée sur l'emplacement des fossés de l'enceinte médiévale.

La rue des Fossés, aménagée sur l'emplacement des fossés de l'enceinte médiévale.